François Holande était, dimanche 15 mai, l'invité de Dimanche +.
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François Hollande, comment avez-vous réagi en apprenant que DSK avait été inculpé pour agression sexuelle ?
Avec stupéfaction. C’est une terrible nouvelle pour chacun d’entre nous. Je pense d’abord à lui, à sa famille, à ses proches et à ses amis
socialistes qui apprennent cet événement sans le comprendre mais en le mesurant. Je pense aussi aux Français qui ont appris cette information en se levant.
L’inculpation n’est pas une preuve de culpabilité, il faut réagir avec émotion, parce qu’il y en a, mais aussi avec retenue, réserve et souci de la
justice. La justice américaine n’est pas la justice française, mais la présomption d’innocence existe. Il va y avoir confrontation, recherche de la vérité et décision. Il faut se garder dans ce
moment, au-delà du choc de l’émotion, de toute conclusion prématurée.
Mais le Parti Socialiste peut-il attendre que le procès ait lieu ? Sa candidature est-elle toujours possible ?
Il est trop tôt pour le dire, cela peut se dénouer très vite si on apprend qu’il n’y a aucune charge sérieuse et que ce que dit la femme en question
n’est pas vrai.
Ce sera donc parole contre parole ?
C’est le rôle de la justice de démêler cela. DSK va s’exprimer, ou ses avocats. Je ne suis pas là pour annoncer quoi que ce soit, je suis comme nous
tous devant cette information qui est la même pour tous, mais il est vrai que ça n’est pas la même chose pour ceux qui le connaissent depuis toujours.
Peut-il toujours se présenter s'il est inculpé ?
Je viens de répondre à cette question. Cela va dépendre de l’enquête, qui peut être très rapide. Il n’est pas seulement candidat, mais aussi
directeur du FMI. La justice va sûrement aller très vite pour savoir quelle est la vérité, et nous la demandons. Surtout lui, puisqu’il va plaider non coupable.
Confirmez- vous la déclaration faite par Jean-Christophe Cambadélis sur son blog, que ça ne lui ressemble pas ?
Je pense que commettre un acte de cette gravité ne ressemble pas à l’homme que je connais. Il n’y a pas de doutes à avoir là-dessus. Une décision de
justice rapide sera mieux pour l’homme, pour l’institution qu’il représente et pour nous tous.
L’arrestation intervient alors qu’il est le favori de la gauche. Dans un sondage du JDD, il apparaît que l’écart entre lui est vous se
resserre, il serait à 26% des intentions de vote au premier tour et vous à 23%. Bonne nouvelle ?
Je voudrais commenter ces sondages en leur donnant tout l’intérêt que l’on doit leur porter, mais ça n’est pas convenable aujourd’hui. Il ne faut
pas se déterminer par rapport aux enquêtes d’opinion, aucune élection n’est jouée d’avance et les sondages n’annoncent pas le vainqueur. Il vaut mieux se concentrer sur l’élection.
Nicolas Hulot a déclaré que si la menace d’un 21 avril 2002 se faisait à nouveau sentir, il se retirerait de la course à la présidentielle.
C’est une sage décision ?
Oui, et c’est une décision difficile à prendre. J’ai le souvenir de 2002, où il y avait des craintes mais où personne n’avait voulu retirer sa
candidature. J’ai déjà fait une proposition il y a deux mois, et je la réitère à présent, ce serait mieux que la gauche présente un candidat de rassemblement dès le premier tour, quitte à avoir
un contrat de gouvernement avec les différentes familles de la gauche et à réserver des circonscriptions en nombre pour les écologistes et toutes les familles politiques. Mieux vaut le faire
quand c’est encore possible plutôt que de le faire bien trop tard, entre les deux tours.
La chronique a cette semaine été défrayée par la sortie de Laurent Wauquiez sur le RSA et l’assistanat. Pensez-vous que le RSA est la plus
belle réforme du quinquennat ?
C’était une réforme qui méritait d’être regardée avec faveur. Elle venait de Martin Hirsh, qui avait travaillé sur le sujet. Elle permet de revenir
au travail, même si le problème est que ce travail est un travail à temps partiel. Ce que je trouve désolant dans cette polémique, c’est de dire que si l’économie est en panne, c’est de la faute
des pauvres. Des bonus de plus de 1 million d’euros sont distribués aux banquiers en 2010, contre les règles européennes, et les députés de droite dénoncent les profiteurs. Il faut être
indécent !
En Corrèze, nous avons comme devoir de faire l’insertion des anciens RMIstes, aujourd’hui RSA, et c’est là qu’il faut valoriser un travail qui
débouche sur une rémunération plus haute que le RSA.
Il ne faut pas de bénévolat ?
Ce que nous devons faire, c’est que tout demandeur d’emploi de longue durée devrait se voir proposer un véritable contrat d’insertion avec une vraie
rémunération, le RSA plus quelque chose, puisqu’il y a travail.
Une sorte de supplément ?
Une forme d’activité, qui peut être une formation. Vraiment, dire que vous êtes des profiteurs alors que vous bénéficiez de 450 euros par mois, de
diviser les catégories les plus modestes, c’est une conception de la République que je récuse.
Vous sembliez pourtant, auparavant, soutenir l’idée d’une contrepartie, d’un temps pour une activité utile aux autres.
Oui, c’est ce que j’évoquais, ce contrat existe, c’est un contrat d’accompagnement à l’emploi. Il faut que les bénéficiaires puissent avoir la
dignité et la reconnaissance d’un travail sur un volume horaire conséquent, qui puisse déboucher sur un emploi.
Le gouvernement a pris des mesures pour renforcer la sécurité sur les routes en retirant la signalisation des radars, par exemple.
Pensez-vous que c’est une bonne chose ?
Les mesures de sécurité routières sont des mesures qui ont vocation à être acceptées par l’ensemble de la société. L’indication des radars semblait
plutôt être un facteur de sécurité, puisque les conducteurs avaient une tendance à ralentir même lorsqu’il n’y en avait pas. Il faut être intelligent et consensuel. Il y a eu un terrible accident
en Corrèze samedi, impliquant quatre jeunes sous un pont, et ça n’est pas seulement la vitesse qui est en jeu. La sécurité routière fait partie de nos obligations, il faut l’assumer. Il n’y a pas
de calculs politiques à faire sur ce sujet pour 2012, mais si nous y sommes je ferais en sorte d’y parvenir.
La croissance est repartie ce trimestre pour atteindre 1%, est-ce une preuve de la bonne gestion de la crise par le
gouvernement ?
Si le Président est le président d’un seul trimestre, ce sera peut – être celui – là. Il vaut mieux que la croissance soit forte, c’est un succès
pour l’emploi et pour les finances publiques. Mais c’est un petit rythme, on a une consommation qui faiblit, un pouvoir d’achat qui est en berne et peu de croissance de l’investissement. Je
préfère garder la bonne nouvelle comme telle, et il vaut mieux que la croissance ait repris pour 2012.
L’Union Européenne doit à nouveau mettre la main à la poche pour la Grèce. Jean-Luc Mélenchon affirme que le « martyr du peuple a
trop duré ». Faut-il poursuivre la politique de rigueur en Grèce ?
Il y a des efforts à faire pour redresser la Grèce, mais si on leur impose un plan d’austérité supérieur au précédent, on va exécuter la
Grèce ! Et créer une situation sociale et politique catastrophique. Il faut que l’Union Européenne ne traîne pas, et qu’elle soit unanime même si pour le moment ça n’est pas le cas et que
les allemands sont réticents. Mais si on ne répond pas, c’est toute la zone euro qui va souffrir. L’Union Européenne doit être solidaire et unie, sinon c’est toute la construction communautaire
qui est en cause. À partir de 2012, il va falloir mettre en place un pacte de confiance avec les allemands pour tirer la zone euro et ne pas se faire tirer par la spéculation.
Dans cette crise grecque, le FMI est aux côtés de l’Union Européenne. Mais peut-on agir sans DSK ?
Le FMI existe et est associé à toutes les décisions de l’Union Européenne. Ça n’est pas l’institution la plus exigeante, et il sera aux côtés de
l’Union Européenne si l’Union Européenne est aux côtés de la Grèce sans lui imposer de purge.
Le FMI n’a donc pas besoin de DSK ?
Il vaudrait mieux qu’il soit là. Mais sa présence dépendra de la décision de la justice, et il faudra l’accepter.
Pensez – vous que Jean – Louis Borloo va participer à l’élection présidentielle ?
Je n’ai pas tout compris. La vie politique, c’est une cohérence, on peut ne pas être d’accord mais elle permet d’être entendu par les Français.
Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ont été les ministres de Nicolas Sarkozy pendant 4 ans, ils en disent du mal maintenant pour en dire du bien entre les deux tours en 2012. Il vaut mieux se mettre
dans une vraie opposition.
François Bayrou dit que Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ne sont pas centristes, en existe-t'il de vrais ?
François Bayrou est cohérent, constant. Il vaut mieux être constant et parfois seul qu’être inconstants et nombreux.
En 2007, Ségolène Royal a tendu la main à François Bayrou entre les deux tours. L’avez-vous soutenue ?
Non, elle l’a fait trop tard, ça n’avait pas été travaillé et il n’y avait pas d’espoir à avoir. Bayrou n’a d’ailleurs pas saisi la main qui lui
était tendue. Il y aura des rassemblements qui se feront ou pas en 2012. Les élections, c’est le peuple souverain qui parle. C’est entre les deux tours qu’il y a des reclassements, laissons le
débauchage individuel à Nicolas Sarkozy. Si le centre est écarté à l’issue du premier tour, il aura à prendre ses responsabilités.
Mais on ne parle pas assez de l’extrême droite. Il y a deux adversaires pour la gauche, la droite et l’extrême droite, qui se font parfois
concurrence pour écarter la gauche du second tour.
Michel Martelly, ancien chanteur populaire, a été élu président d’Haïti. N’importe qui peut devenir Président ?
Il n’est pas inquiétant parce qu’il est chanteur. Ce qui pose problème, c’est la promesse de reconstruction qu’il a faite et qu’il ne pourra pas
respecter. Qu’il soit sur la plage en train de boire du champagne n’est pas la meilleure image qui soit.
Pensez-vous que Marine Le Pen puisse devenir Présidente ?
Je ne crois pas que Marine Le Pen sera présidente, les Français ont assez de ressort pour être fiers de leur pays. L’hypothèse de sa présence au
second tour est possible, elle ne peut pas gagner l’élection mais elle peut empêcher l’alternance de jouer. Elle ne parviendra pas au pouvoir, mais il faut expliquer que les mesures qu’elle
propose dans le débat public sont contraires aux intérêts des classes populaires.
Mais pourtant, elle les séduit.
Oui, c’est la raison pour laquelle il faut faire ce débat sur la sortie de l’euro, sur le protectionnisme, sur la préférence nationale. Il faut
expliquer que cela signifie plus de chômage et plus de difficultés pour les catégories les plus exposées à la mondialisation.
Un débat entre Marine Le Pen et Ségolène devait être organisé, mais cette dernière a décliné l’invitation pour cause de temps de parole
inégaux. Vous y seriez allé ?
On ne peut pas imaginer être un sparing partner de l’extrême droite. Marine Le Pen a le droit d’être invitée, mais on n’est pas obligé
d’aller lui porter le concours. Si il doit y avoir un débat, il faut que ce soit à armes égales.
Le calendrier des primaires est ces derniers temps remis en cause, tient-il toujours ? A t-il encore du sens ?
Les primaires ont été décidées par les socialistes, il y a des candidats déclarés et d’autres qui ne le sont pas encore. Elles auront lieu, et
je suis clair là-dessus. Je ne suis pas là pour compliquer les choses pour le calendrier et la procédure. Les Français ont le droit de choisir, et c’est ce pour quoi je suis là.
Les autres socialistes, de Aubry à Montebourg en passant par Fabius, ne vous aiment pas. Pourquoi ?
Peut-être y a t-il quelques exagérations. Ils ne m’aiment pas parce que je suis différent, que j’essaie de faire de la politique avec simplicité,
cohérence et constance. Je ne me valorise pas en dévalorisant les autres, et je conseille cette bonne règle à tous pour la primaire.
Vous pensez être mieux positionné qu’hier ?
Je suis parti depuis plusieurs mois, je fais les choses simplement, clairement, selon ce qui est le bon ordre et la bonne manière de parler aux
Français, avec les idées qui m’animent. La gauche ne peut gagner qu’en rencontrant la France.
Vous savez bien ce que je veux dire…
Oui, et je me suis déjà exprimé sur ce sujet.
Mais la situation de DSK peut vous servir, non ?
Non. Aucune situation de ce genre n’est profitable, et surtout pas celle là. Pour qui que ce soit, et encore moins pour moi.